Médias : Articles de sécurité (Les Commissionnaires en profil)

Le patron voit plus clair que vous ne le croyez

Ian Harvey, CBC News
Le 12 mars 2009


Certaines entreprises se dotent de logiciels pour comptabiliser le temps passé par les employés sur des sites comme eBay, Facebook, MySpace, et YouTube. (iStock)

Avertissement : la lecture de cet article peut nuire à votre carrière.

Il est tout à fait possible que votre patron surveille vos séquences de frappe, tienne compte des sites que vous consultez et du temps que vous y passez, et cherche des mots clés dans vos courriels. Plus effrayant encore, est le fait que certains employeurs vont encore plus loin en imposant des vérifications approfondies des antécédents comme condition préalable à l’embauche.

La technologie permet aux employeurs de tout savoir très rapidement sur leurs employés ou leurs employés éventuels…

… et c’est parfaitement légal.

« Je crois que le jour viendra où les employeurs exigeront les empreintes digitales de tous leurs employés » – Paul Guindon, Corps canadien des Commissionnaires.

Par exemple, certains employeurs demandent beaucoup plus que de simples références d’emploi et passent les antécédents des candidats au crible fin. Ils exigent des empreintes digitales afin de chercher des dossiers criminels dans la banque nationale de données policières.

Selon Paul Guindon, Président du Comité national de gestion des affaires du Corps canadien des Commissionnaires, il s’agit d’une tendance en croissance exponentielle. Outre les services de gardiens de sécurité, Les Commissionnaires offre des services aux entreprises comme les vérifications policières et les prises d’empreintes digitales numériques des employés.

« Je crois qu’un jour les employeurs feront prendre les empreintes digitales de tous leurs employés, précise-t-il, notamment dans les secteurs plus vulnérables, comme l’enseignement. »

Ayant reconnu le potentiel de cette tendance, son organisme a investi 1,5 million de dollars pour faire l’acquisition de 40 lecteurs d’empreintes digitales numériques (comprenant la formation et les logiciels). Compte tenu de la demande croissante, qui se chiffre actuellement à quelque 20 000 vérifications par année, M. Guindon s’attend à ce que l’investissement atteigne le seuil de rentabilité d’ici trois ans.

« Nous traitons déjà environ 25 000 demandes d’empreintes à l’encre. Toutefois, étant donné que ces dossiers doivent être traités manuellement, la GRC gère un arriéré de 200 000 demandes, tandis que le traitement de dossiers numériques se fait en quelques instants, ajoute-t-il. »

Il précise que plusieurs employeurs des secteurs public et privé, comme le ministère de la Défense nationale, les entrepreneurs de la défense, Travaux publics Canada, ainsi que plusieurs établissements d’enseignement et de santé, exigent des vérifications des antécédents criminels.

Toutefois, compte tenu des impératifs liés à la protection de la vie privée, les personnes faisant l’objet de ces vérifications doivent consentir à ce processus qui coûte 75 $. Les dossiers d’empreintes digitales sont cryptés et transmis directement à la GRC qui envoie les résultats à l’employeur avec un résumé, s’il y a lieu, de toute condamnation, comprenant l’infraction, le lieu et la date.

« Pour notre part, nous n’avons aucune idée des résultats et les données sont supprimées de nos ordinateurs dès qu’elles sont transmises », précise M. Guindon en soulignant que Les Commissionnaires offre également un service de pardon aux personnes admissibles à une épuration de dossier.

Les candidats peuvent, bien sûr, refuser de se soumettre à la vérification et retirer leur candidature. Par ailleurs, ils connaissent généralement des ennuis s’ils ne divulguent pas leur dossier criminel lorsque la question leur est posée dans le cadre du processus d’embauche.

Les entreprises sont toutefois tenues de protéger la confidentialité des candidats. Si le candidat est engagé, les données doivent être sauvegardées de façon sécuritaire dans un dossier à accès limité et, s’il n’est pas engagé, les données doivent être détruites de manière sûre.

Surveillance informatique

Les employeurs profitent également de la technologie pour surveiller discrètement les activités des employés durant les heures de travail.

« Le temps, c’est de l’argent », souligne Doug Taylor, Directeur du marketing de SpectorSoft, une entreprise établie en Floride qui commercialise des progiciels permettant de surveiller les activités en ligne des employés. Afin d’illustrer l’ampleur des pertes de temps liées aux activités personnelles durant les heures de travail, M. Taylor cite un rapport préparé par Challenger, Gray & Christmas, un cabinet d’experts-conseils, selon lequel environ 37 millions de personnes consacrent en moyenne 50 minutes par semaine à la gestion d’une équipe fictive durant la saison régulière de la Ligue nationale de football.
De plus, la diffusion de blagues par courriel et la consultation de sites comme Facebook, MySpace, YouTube, et d’autres sites populaires viennent alimenter la croissance exponentielle de ces pertes de temps.

Durant la saison régulière de la Ligue nationale de football, quelque 37 millions de personnes consacrent en moyenne 50 minutes par semaine à la gestion d’une équipe fictive.

Vouée à la récupération de ces heures de productivité perdue, IMV Projects, une entreprise de gestion de projets à Calgary, a installé, il y a trois ans, le logiciel « 360 » de Spectorsoft sur les ordinateurs des 650 employés à son actif à l’époque.

Selon les estimations conservatrices de Ross Benov, gestionnaire du service de l’informatique, cette mesure aurait permis de récupérer 10 heures par année par employé. Étant donné que le salaire horaire se situe entre 30 et 40 dollars, cela représente de 195 000 à 260 000 dollars en temps rémunéré. D’après lui, si l’on retient une estimation moins conservatrice de 40 heures de temps perdu par année par employé, cela représente plus d’un million de dollars.

« Nous utilisons le logiciel de différentes façons, précise M. Benov. Par exemple, lorsqu’un superviseur croit qu’un employé passe trop de temps en ligne, nous le surveillons pour voir les sites qu’il consulte. »

Il souligne également que les employés sont au courant du logiciel et des lignes directrices de l’entreprise relatives à l’Internet. « Nous n’avons eu aucun problème et je ne suis conscient d’aucune plainte. Nous accordons un accès Internet sans restriction durant l’heure du lunch pour faire plaisir aux employés et maintenir un équilibre. »

Il y a environ dix ans, SpectorSoft a commencé à commercialiser son logiciel de surveillance sur le marché de la consommation afin d’offrir aux parents un moyen de suivre les activités en ligne de leurs enfants et de surveiller les sites consultés. Depuis cette époque, l’entreprise s’est tournée vers le secteur commercial et y a trouvé un marché affamé. Ayant une base de clientèle qui rassemble plus de 50 000 entreprises et 400 000 consommateurs, SpectorSoft se classe maintenant parmi les entreprises américaines qui se démarquent par la rapidité de leur croissance.

« L’ordinateur et le réseau doivent appartenir à l’utilisateur », indique M. Taylor en précisant que certaines administrations européennes interdisent certaines formes de surveillance. « De plus, les employés devraient être avisés d’emblée qu’ils peuvent être sous surveillance. »

Il explique que le système peut être utilisé de deux façons. Dans un premier temps, il peut servir à surveiller tous les employés afin de contrôler les activités interdites. Dans un deuxième temps, il peut être utilisé pour surveiller uniquement les employés qui ne satisfont pas aux normes de rendement. Il précise d’ailleurs que le logiciel n’est pas conçu pour éliminer toute utilisation de l’Internet ou du courriel à des fins personnelles ; il est conçu pour prévenir les abus flagrants.

« Le système sait combien de temps une fenêtre eBay demeure ouverte et combien de temps la fenêtre demeure active, souligne-t-il. Donc, le système n’indiquera pas qu’une personne a passé sept heures sur eBay (si une fenêtre était ouverte durant tout ce temps-là). Le système va tout simplement indiquer qu’une fenêtre était ouverte et que la souris était active dans la fenêtre durant 20 minutes. »

Considérations légales

Les mesures prises par les entreprises pour vérifier et surveiller les employés constituent-elles une atteinte à la vie privée ?

Par exemple, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario a récemment découvert un plan mijoté par un employé du service de l’informatique qui avait accès à tous les courriels de son entreprise. Ce dernier avait l’intention d’exploiter les informations confidentielles au sujet d’une fusion auxquelles il avait accès pour réaliser des profits sur la bourse avant que les pourparlers soient rendus publics.

Selon la COMMISSAIRE À LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE DU CANADA, les entreprises ont le droit de demander aux candidats de se soumettre à une vérification des antécédents et de fournir des empreintes digitales. Cependant, elles doivent respecter les règlements régissant le stockage et l’accès à ces informations.

Pour ce qui est de la surveillance en milieu de travail, il n’existe aucune solution simple,  souligne Michael P. Fitzgibbon, avocat spécialiste du droit du travail et de l’emploi du cabinet Borden Ladner Gervais à Toronto.

« Les enjeux ne sont pas clairement définis, c’est donc une question de degré », souligne Me Fitzgibbon.

Il note également qu’un mécanisme de surveillance pourrait s’avérer nécessaire en raison des exigences légales relatives à la conformité et à la divulgation de l’information auxquelles sont assujetties les sociétés cotées en bourse. Par exemple, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario a récemment découvert un plan mijoté par un employé du service de l’informatique qui avait accès à tous les courriels de son entreprise. Ce dernier avait l’intention d’exploiter les informations confidentielles au sujet d’une fusion auxquelles il avait accès pour réaliser des profits sur la bourse avant que les pourparlers soient rendus publics.

Me Fitzgibbon précise également que les employeurs ont intérêt à veiller à ce que les employés ne divulguent pas les informations confidentielles et qu’ils évitent d’afficher des images sur leur écran ou de transmettre du matériel qui pourrait violer les règlements sur le harcèlement sexuel et les droits de la personne.

Par ailleurs, Fitzgibbon estime que le fait de surveiller tous les employés par défaut peut créer une atmosphère de méfiance, ce qui, à son tour, peut entraîner des séquelles imprévues sur le plan de la productivité et de la rétention des employés-clés.

La COMMISSAIRE À LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE DU CANADA estime que la surveillance des employés est un dossier qui se décidera au cas par cas. Pourvu qu’il y ait des raisons légitimes justifiant la saisie de données et que ces données soient stockées de façon sécuritaire et conforme à la loi sur la protection de la vie privée, il n’existe aucune politique « coulée dans le béton » régissant ces pratiques.

Néanmoins, certaines entreprises ne veulent rien savoir de mesures si rigoureuses.

« Il arrive parfois qu’un client potentiel étudie notre logiciel et décide qu’il ne lui convient tout simplement pas », précise M. Taylor de Spectorsoft.

Selon Fitzgibbon, la clé est le consentement. Les entreprises devraient aviser les employés sous surveillance et elles devraient faire valoir très clairement leurs politiques sur l’utilisation de l’Internet à des fins personnelles.

Cependant, vous feriez peut-être mieux d’arrêter de lire cet article et de vous remettre au travail – juste au cas !

http://www.cbc.ca/technology/story/2009/03/12/f-workplace-surveillance.html

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